Thursday, June 02, 2005

Kassir est mort

Ca y est. J'en ai ras le bol. Vraiment RAS LE BOL. Du Liban et des libanais, des Aoun, des Jumblatt, des Lahoud, des Gemayel, des chretiens, des musulmans, des druzes, des juifs, des forces libanaises, du courant national, du hezbollah, des socialistes, des communistes, des phalangistes, des syriens, des palestiniens, des iraniens, des bantous, des hottentots, et de toute cette chamaille de merde qui ne verra sa fin que dans la cendre et le feu.

Kassir est mort. Ah le choc et l'epouvante. Ah l'amertume de la perte. Ah la tragedie.
Les stylos couleront du sang et des sanglots, on descendra dans les rues, portant des bougies, sa photo, et beaucoup de drapeaux. Aussi viendront les articles et les discours, les invitations a l'unite et la foi dans un Liban qui persistera malgre les plaies et la mort, le Phenix, le peuple que l'on ne brisera pas, la nation qu'on ne pourra jamais assassiner.

Mais ou est-elle cette nation qu'on ne pourra jamais assassiner? OU EST-ELLE? Je vous en conjure montrez- la moi du doigt pour que je la touche et que je la prenne entre mes bras...

Ouvrez les yeux, mes amis. Ouvrez les yeux et regardez-la bien en face, notre triste verite.
Notre nation n'est plus. Le Liban est mort, et il est mort depuis longtemps. Et nous, les libanais, l'avons tue. Au fait, je ne sais meme plus s'il a jamais existe, ce morceau du paradis, ce mensonge d'une nuit d'ete, ce feerique conte que tant ont celebre, d'annee en annee, en chanson, en texte et en poesie.

Moi, triste moi, je ne vois qu'une terre dechiree, peuplee de gens egoistes et assoiffes d'or et de pouvoir, des gens differents comme noir et blanc, qui n'ont en commun que leur amour pour eux-memes, alors que rien au monde n'aurait pu les unir que l'amour de la patrie.

Oui Kassir est mort. Et sa mort, comme celle de tant d'autres avant lui, sera en vain.

Les syriens sont partis, oui, mais pas vraiment, on est tous unis mais pas vraiment, la guerre est finie mais pas vraiment, la page est tournee mais pas vraiment, on saura la verite mais pas vraiment. Et moi, je suis toujours libanais, mais malheureusement pas vraiment.

Il ya deux ou trois mois, ma foi en un Liban resurrecte et libere etait grande. Aujourd'hui, ma foi, comme pour moi la nation, n'est plus qu'un penible souvenir qui finira, lui aussi, par se dissiper comme un merveilleux mirage vif et ephemere.

6 Comments:

Blogger Delirious said...

ce que tu as écrit est très beau et reflète exactement ce que tout le monde pense. s'il te plait envoie-le à lorient-le jour pour qu'ils le publient dans leur 'courrier des lecteurs'. ca mérite d'être lu par tout le monde.

3:33 AM  
Anonymous Anonymous said...

Tres bel hommage. Comme toi, je doute des fois si les Libanais meritent d'etre une nation. Les tragedies ne cessent et se multiplies.

6:02 PM  
Blogger Fouad said...

Merci Delirious, mais a quoi ca sevirait de le faire?

11:54 AM  
Anonymous Anonymous said...

Prends dans tes bras les libanais qui,comme toi,ont cru,le temps d'une nuit de printemps,que leur Liban existe vraiment.Prends dans tes bras tous les reveurs,les idealistes,les fous,les obstines,les intellectuels,les illumines...devenus les desabuses,les enchaines,les perdus,les orphelins,les realistes,les endeuilles...C'est plus simple pour toi de crier ton ras-le-bol de loin,de tres loin...Que dire de nous alors qui avons a subir tous les jours les photos multicolores et les slogans parfaits?Je parlerai pour moi:bientot j'irai te rejoindre et faire grossir les rangs des emigres,"fiers" d'etre libanais.

7:00 AM  
Anonymous nada b. said...

Etant membre du comite international de www.lebanese-abroad.com, je me suis retrouvee recemment en train de revendiquer activement mon droit de vote en temps que "fiere" citoyenne libanaise a l'etranger. L'assissinat de Samir Kassir remet en cause toutes mes recentes trepidations. Il m'amene a me (re)poser la question suivante: a quoi servirait le droit de vote au sein d'un Etat qui ne respecte pas les Droits Fondamentaux de l'Homme? En quittant le Liban j'avais peut-etre choisi la liberte d'expression a la place du droit de vote. Samir Kassir etait tellement plus courageux, il avait choisi la liberte d'expression a la place de son droit fondamental d'exister. Quand est-ce qu'on ne nous obligera plus a faire ces choix?

9:47 PM  
Blogger Delirious said...

parce que "ca mérite d'être lu par tout le monde"!

11:32 AM  

Post a Comment

<< Home